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    Les vendanges

     

    Passe un ange

    Dans le bleu du ciel

    C'est les vendages

    Ce nectar sera mis en bouteille

    La fête bat son plein

    Les boissons coulent a flots

    Chacun entame un refrain

    Sous un soleil si beau

    Ce beau raisin va être pétri

    Sous la force de la presse

    Il fera un bon Chablis

    Notre bouche il caresse

    Il sera mis en fût

    Une longue période il dormira

    Ne soyez pas trop déçu

    Les papilles il chatouillera

    Le palais il vous embaumera

    Avec sa robe de belle couleur

    Doucement il vous endormira

    Vous offrant toute sa saveur

     

    Auteur: Jean Claude Lemesle

     



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  • Nocturnes

    I
    Le vent mélodieux chante dans les pins sombres
    Dont les larges bras noirs bougent parmi les ombres
    Le ciel s'est étoilé lentement. La forêt
    Voit mille yeux bleus s'ouvrir sur son dôme discret,
    Et, sur le sol moelleux que vêt la feuille brune,
    Luire de fins rayons et des flaques de lune.
    Parfois vibre un bruit d'aile, et furtif, égaré,
    Un oiseau somnambule apparaît, effaré.
    Le soir tendre en chantant, doux comme une âme blanche
    Baise et fait frissonner chaque nid sur la branche.
    C'est grand comme la nuit et frais comme elle encor.
    Et je songe à Vigny, quand éclate le cor !


    II
    La nuit mystérieuse éveille en nous des rêves,
    De beaux rêves rêvés le long des jaunes grèves,
    Qui s'élèvent aux clairs de lune familiers
    Comme les papillons nocturnes par milliers.
    Lourds encor du sommeil dont leurs ailes sont pleines,
    Ils montent incertains vers les lueurs sereines
    Et disparaissent. Puis, d'autres essaims bientôt
    Les joignent, qui s'en vont se perdre aussi là-haut...
    Mais le ciel nous les rend, le grand ciel magnanime,
    Car il sait que le coeur souvent le plus sublime
    Doit à quelque vieux rêve obstinément rêvé
    Sa force, et qu'il mourrait s'il en était privé.


    III
    La lune a mauvais teint ce soir, la lune est jaune.
    Elle ne charmera pas cette nuit le faune
    Qui danse à sa lueur, autour des troncs moussus.
    Tous les hôtes joyeux des bois seront déçus.
    Les oiseaux familiers blottis dans les ténèbres,
    À sa clarté n'auront que des songes funèbres.
    Ah ! Madame la Lune, avec vos traits flétris
    Vous ne réjouirez que les chauves-souris !
    Mais peut-être aurez-vous sur le cerveau de l'homme
    Une influence heureuse, et, durant son long somme,
    Pour changer le plomb noir qui l'avilit encor,
    Voudrez-vous lui verser au coeur des rayons d'or...


    IV
    O Lune, qui ce soir a l'air d'une malade,
    Lune pâlement bleue, astre cher au nomade,
    Lampe d'or du poète et soleil des hiboux,
    O Lune ! qu'as-tu donc à pleurer comme nous !
    Car ce sont bien tes pleurs, Lune triste et superbe,
    Qui perlent au matin à la pointe de l'herbe...
    Lune languide et blême, en ton beau ciel de nuit
    Être hantée ainsi d'un indicible ennui ;
    Au vaste paradis des divines étoiles
    Gémir comme une femme éplorée en ses voiles !
    Ah ! Lune, nous pouvons nous lamenter un peu
    Quand tu pleures, si haut, nous, si loin du ciel bleu !..

    Auteur:  Albert Lozeau






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  • Liberté !

      De quel droit mettez-vous des oiseaux dans des cages ?

    De quel droit ôtez-vous ces chanteurs aux bocages,
    Aux sources, à l'aurore, à la nuée, aux vents ?
    De quel droit volez-vous la vie à ces vivants ?
    Homme, crois-tu que Dieu, ce père, fasse naître
    L'aile pour l'accrocher au clou de ta fenêtre ?
    Ne peux-tu vivre heureux et content sans cela ?
    Qu'est-ce qu'ils ont donc fait tous ces innocents-là
    Pour être au bagne avec leur nid et leur femelle ?

    Qui sait comment leur sort à notre sort se mêle ?
    Qui sait si le verdier qu'on dérobe aux rameaux,
    Qui sait si le malheur qu'on fait aux animaux
    Et si la servitude inutile des bêtes
    Ne se résolvent pas en Nérons sur nos têtes ?
    Qui sait si le carcan ne sort pas des licous ?
    Oh! de nos actions qui sait les contre-coups,
    Et quels noirs croisements ont au fond du mystère
    Tant de choses qu'on fait en riant sur la terre ?
    Quand vous cadenassez sous un réseau de fer
    Tous ces buveurs d'azur faits pour s'enivrer d'air,
    Tous ces nageurs charmants de la lumière bleue,
    Chardonneret, pinson, moineau franc, hochequeue,
    Croyez-vous que le bec sanglant des passereaux
    Ne touche pas à l'homme en heurtant ces barreaux ?

    Prenez garde à la sombre équité. Prenez garde !
    Partout où pleure et crie un captif, Dieu regarde.
    Ne comprenez-vous pas que vous êtes méchants ?
    À tous ces enfermés donnez la clef des champs !
    Aux champs les rossignols, aux champs les hirondelles ;
    Les âmes expieront tout ce qu'on fait aux ailes.
    La balance invisible a deux plateaux obscurs.
    Prenez garde aux cachots dont vous ornez vos murs !
    Du treillage aux fils d'or naissent les noires grilles ;
    La volière sinistre est mère des bastilles.
    Respect aux doux passants des airs, des prés, des eaux !
    Toute la liberté qu'on prend à des oiseaux
    Le destin juste et dur la reprend à des hommes.
    Nous avons des tyrans parce que nous en sommes.
    Tu veux être libre, homme ? et de quel droit, ayant
    Chez toi le détenu, ce témoin effrayant ?
    Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre.
    Toute l'immensité sur ce pauvre oiseau sombre
    Se penche, et te dévoue à l'expiation.
    Je t'admire, oppresseur, criant: oppression !
    Le sort te tient pendant que ta démence brave
    Ce forçat qui sur toi jette une ombre d'esclave
    Et la cage qui pend au seuil de ta maison
    Vit, chante, et fait sortir de terre la prison.

    Auteur: Victor Hugo (1802-1885)
     

     

     

     

      


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  • Les nénuphars

    Nénuphars blancs, ô lys des eaux limpides,

    Neige montant du fond de leur azur,

    Qui, sommeillant sur vos tiges humides,

    Avez besoin, pour dormir, d'un lit pur;

    Fleurs de pudeur, oui ! vous êtes trop fières

    Pour vous laisser cueillir... et vivre après.

    Nénuphars blanc, dormez sur vos rivières

    Je ne vous cueillerai jamais !

     

    Nénuphars blancs, ô fleurs des eaux rêveuses,

    Si vous rêvez, à quoi donc rêvez-vous ?

    Car pour rêver il faut être amoureuses,

    Il faut avoir le cœur pris... ou jaloux;

    Mais vous, ô fleurs que l'eau baigne et protège,

    Pour vous, rêver... c'est aspirer le frais !

    Nénuphars blancs, dormez dans votre neige !

    Je ne vous cueillerai jamais !

     

    Nénuphars blancs, fleurs des eaux engourdies

    Dont la blancheur fait froid aux cœurs ardents,

    Qui vous plongez dans vos eaux détiédies

    Quand le soleil y luit, Nénuphars blancs !

    Restez cachés aux anses des rivières,

    Dans les brouillards, sous les saules épais...

    Des fleurs de Dieu vous êtes les dernières !

    Je ne vous cueillerai jamais !

     


    Jules Barbey d’Aurevilly 

     

     

     


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  • Frissons de fleurs

     

    Les soirs d'été les fleurs ont des langueurs de femmes,

    Les fleurs semblent trembler d'amour, comme des âmes;

    Palpitantes aussi d'extase et de désir,

    Les fleurs ont des regards qui nous font souvenir

    De grands yeux féminins attendris par les larmes,

    Et les beaux yeux des fleurs ont d'aussi tendres charmes.

     

    Les fleurs rêvent, les fleurs frissonnent sous la nuit;

    Et blanches, comme un sein adorable, qui luit

    Dans la sombre splendeur d'une robe entr'ouverte,

    Les roses du milieu de l'obscurité verte,

    Tandis qu'un rossignol par la lune exalté

    Pour elles chante et meurt sous cette nuit d'été,

    Les roses au corps pâle, en écartant leurs voiles,

    Folles, semblent s'offrir aux baisers des étoiles.

     

    Henri Cazalis, dit Jean Lahor
     


     


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